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 [MANGAKA] Otsuka Eiji

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Kuma
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MessageSujet: [MANGAKA] Otsuka Eiji   Lun 3 Mar - 17:11

Scénariste controversé et adulé, doté d'une formidable énergie créative, Otsuka Eiji narre avec cynisme la destinée d'un Japon post-moderne et offre au manga une dimension pamphlétaire. Entre légendes urbaines et faits divers, l'homme capte sans détour le désenchantement et les doutes de la jeunesse japonaise et se fait le messager d'une apocalypse idéologique imminente.



Nishizono shinji, Samizo Kohei ou encore Kazuhiko Amamiya... des icônes torturées, souvent victimes de leur propre schizophrénie, les héros d'Otsuka investissent le champ de la bande dessinée japonaise et soudain, la fiction entre en résonance avec le réel. De Madara à Leviathan en passant par MPD Psycho, le scénariste, observateur clairvoyant, porte un regard sans complaisance sur son pays et ses maux.
Voyons ce que l'on trouve quand le masque tombe pour révéler ce que cachent les corps mutilés et l'ultra-violence de la comédie humaine aliénée d'Otsuka Eiji.



Anthropologie et fiction
Lorsque l'auteur de MPD Psycho naît en 1958, Tezuka Osamu œuvre déjà depuis près d'une décennie à réinventer les codes du manga qui grâce à lui connaît une reconnaissance éditoriale et toute une génération va se nourrir de son imaginaire. La rencontre d'Otsuka Eiji avec ces héros de l'époque occasionne un tel électrochoc culturel qu'il s'éprend passionnément du manga. Cette ferveur va même peu à peu s'imposer comme une vocation. S'il n'a jamais montré un don ou un intérêt quelconque pour l'illustration, sa passion s'exprimera dans un tout autre domaine : l'analyse critique. Au fil de ses lectures, sa perception s'affine, Otsuka entrevoit des codes narratifs récurrents, une conception du monde singulière et s'interroge sur le rapport de la fiction et du réel. Ces interrogations l'amènent à valider un cursus en anthropologie avec une spécialisation unique : l'appréciation du sacrifice humain dans les sociétés modernes et primitives. Sa thèse de fin d'études s'intéresse principalement aux mangas d'après-guerre et leur représentation de la mort. Ces mêmes préoccupations occupent encore une place importante dans ses scénarii.
Stakhanoviste à l'enthousiasme sans borne, Otsuka va pendant la seconde partie des 80's devenir l'observateur des mutations économiques et éditoriales du manga. Journaliste, écrivain, rédacteur en chef de magazine, il porte un regard sans complaisance sur le média. Désespéré de voir la portée socio-culturelle du manga négligée autant par les éditeurs que par le grand public, il publie dès cette époque les premiers essais abordant le manga sous l'angle de la théorie. Manga no Kozo (La structure des mangas) va dès 1988 identifier l'ensemble des codes narratifs du manga et réussira à l'intégrer dans un cadre socilogique d'une rare acuité. La place de la femme; l'ascendance du groupe sur l'individualité ou l'expression de la violence demeurant autant des thématiques pour lesquelles le manga répond par des schémas prédéterminées par la société japonaise. Otsuka vient de donner une dimension presque idéologique à l'anodin loisir incarné par le manga. Une fristration demeure pourtant : le critique ambitionne de s'y essayer. La rencontre avec Sho-U Tajima va concrétiser ce projet e, 1989 avec la parution du sophistique Madara.



Laboratoire narratif
Simple manga d'Heroic-Fantasy au premier abord, Madara synthétise et sublime avec habileté des codes narratifs du manga tout en délivrant un réel message en filigrane. Derrière les scènes d'action homériques portées par le graphisme délicat de Tajima, Otsuka s'interroge sur le poids d'un avenir prédéterminé et projette sur son héros l'individualisme propre aux sociétés occidentales. Ce concept proprement inédit en manga va trouver écho auprès d'une génération d'adolescents en proie au désir d'émancipation. Phénomène culte, Madara pose les bases d'une écriture propre à Otsuka : envisager le manga autant comme un territoire d'expression que d'expérimentation.
Tout en poursuivant la publication de Madara, il participe à la création du premier laboratoire de recherche sur les médias spécialisés dans le manga dont il devient le président d'honneur. Cette double fonction va prendre sa réelle dimension lorsqu'à la din de l'année 1989, le triste fait divers de Tsutomu Miyazaki (*) pointe du doigt la violence présente dans les mangas. Serait-elle la cause de comportements violents?
Otsuka Eiji s'empare de la polémique lancée par les médias d'information, pour donner naissance à ce qui reste sans doute son œuvre la plus ambitieuse : MPD Psycho. 5 années de gestation s'avéreront nécessaires à l'auteur pour accoucher de ce projet multimedia tentaculaire. Romans, mangas, drama, Otsuka y déploit toute sa créativité et ironise sur le débat animé par la télévision et les journaux : si un manga réveille des pulsions violentes pourquoi pas une chanson n'en ferait pas autant?
"Leur théorie n'est rien de plus qu'un bon scénario pour l'un de ces mangas, animes ou jeux vidéos qu'ils dénigrent."

Avec MPD Psycho, Otsuka initie un genre fondamental nouveau, le shocking suspens. Provocation gratuite et insipide pour ses détracteurs, son scénario revêt plusieurs niveaux de lecture. Ceux-ci ne se révèlent qu'aux lecteurs à même de surpasser le malaise créé par cette singulière représentation de la chair et les corps humains torturés. Ensuite, Otsuka s'improvise porte-parole d'une génération
(*)Tsutomu Miyazaki, auteur du meurtre de 4 fillettes, était un otaku possédant plusieurs milliers de mangas et d'animes chez lui. Ce fait divers tragique a jeté le discrédit sur le manga et l'animation japonaise.



Génération X
Narration au cutter, sens de la structure et imagination féconde : Otsuka Eiji joue de son habileté pour happer le lecteur dans des histoires dont la portée réelle se révèle à postierori. Autant dans le futur de Japan que le fantastique de Leviathan, le scénariste parvient à aborder sans maladresse ni démagogie les grandes problématiques de la société actuelle. La jeunesse japonaise traverse une crise identitaire sans précédent et Otsuka se fait l'écho de ces incertitudes idéologiques.
Depuis MPD Psycho, son discours se radicalise. A l'instar des héros du roman de Murakami (Les bébés de la consignes automatiques), les adolescents d'Otsuka ne se suicident plus mais assassinent. L'auteur s'aventure aux confins de la motivation humaine, se refuse à l'expliquer mais la dissèque. Pourquoi les enfants de Lucy 7 tuent-ils? "Parce qu'ils ne désiraient pas se teindre les cheveux ou se faire percer le nez comme tous les abrutis." L'auteur s'affranchit d'un processus d'identification caricatural pour bousculer son lectorat, encourager le libre-arbitre et imposer à son esprit des situations extrêmes.



Chez Otsuka, l'apocalypse paraît toujours imminente. différents troubles de la fin du 20ème siècle prennent une symbolique nouvelle. L'auteur y traduit son désir de voir en cette époque une transition nécessaire. Jamais didactiques, ses mangas adoptent les codes de la littérature populaire. Leviathan dévoile par exemple son discours politique souvent avant-gardiste en terme d'immigration et de religion mais peut tout à fait être lu au premier degré comme un simple manga fantastique. Le message ne prend jamais l'ascendant sur le divertissement.
Otsuka Eiji croit au pouvoir de la fiction, aime profondément le manga et réussit avec succès depuis plus de 15 ans à le sortir du ghetto de la redite facile, de la loi du lectorat. Certes son œuvre souvent crue n'a pas nécessairement la ferveur inconditionnelle du grand public mais elle a la qualité d'investir le réel avec une singularité évoquant autant L'Attrape-coeur de Salinger que 1984 d'Orwell. Audacieuses et trash, ses histoires dissimulent une fragilité humaine, une peur qu'il faut bien exorciser.
La seule ombre au tableau : Kurosagi - Livraisons de cadavres. On a peine à croire qu'il est du même auteur que MPD Psycho!!! Enfin bon, les génies aussi se plantent parfois...
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